03 juin 2014 ~ 0 Commentaire

A en devenir marteau…

Vie

Le flux incessant de nos pensées nous fait quelquefois tourner la tête. Et les suppositions qu’elles entraînent nous gâchent souvent la vie.

Il y a plusieurs années, en lisant le fameux ouvrage de Don Miguel Ruiz sur les «Quatre accords toltèques», on pouvait se demander lequel des quatre accords était le plus difficile à pratiquer: avoir un langage impeccable, faire toujours de son mieux, ne pas prendre les choses personnellement ou encore ne pas faire de suppositions.

Au final, après avoir tenté l’application quotidienne de ces préceptes pas aussi anodins qu’il y paraît, force fut de constater que le plus ardu était bel et bien de ne pas faire de suppositions. Car les dérives de nos pensées nous entraînent plus souvent à nous perdre en conjectures, quand ce n’est pas à nous gâcher la vie en échafaudant des scénarios – le plus souvent catastrophe – qui ne se produisent in fine jamais ou presque.

Une petite histoire d’un auteur inconnu pour illustrer le propos. Celle de cet homme qui voulait suspendre un cadre à l’aide d’un clou mais n’avait pas de marteau. Sachant que son voisin de palier en possède un, il s’avise d’aller le lui emprunter. A cet instant, un premier doute l’envahit. Il suppose que ledit voisin pourrait le lui refuser. Puis il se souvient que le même homme l’avait salué d’un geste de la tête plutôt discret la veille dans le couloir de l’immeuble. Il se dit: «Peut-être qu’il ne m’apprécie pas ou alors était-il simplement en souci? Et s’il avait fait exprès de ne pas me saluer?»

Poursuivant dans son délire de supputations, il pense: «Et je me demande bien pourquoi il ne m’aimerait pas, mon voisin, je lui ai donné un coup de main pour réparer sa porte le mois dernier, alors du coup, je ne vois pas pourquoi il refuserait de me prêter son marteau. Moi, si j’avais un marteau et qu’on veuille me l’emprunter, je le ferais sans problèmes. Alors pourquoi mon voisin ne voudrait pas me prêter son marteau? Pourquoi ne me le prête-t-il pas finalement? C’est vraiment ce genre de types qui vous gâchent l’existence, tous des égoïstes ces gens et après on s’étonne que le monde va mal. S’il croit que j’ai besoin de son marteau, il se met le doigt dans l’œil, ce gros ingrat qui se croit important juste parce qu’il a un marteau et que moi je n’en ai pas. Je vais aller lui toucher deux mots à ce mec!»

Et de se précipiter chez le voisin pour sonner à sa porte. Le malheureux lui ouvre et, avant qu’il n’ait eu le temps de prononcer la moindre parole, notre maître ès supputations erronées lui balance tout de go: «Après tout, tu peux le garder ton p… de marteau, espèce d’enfoiré!» 

Chronique parue dans www.laliberte.ch du 03.06.2014

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