21 mai 2014 ~ 0 Commentaire

A votre service, m’sieurs dames…

Vie

Changer de boulot? • Prof, mécanicien ou directeur, peu importe l’habit, il faut toujours composer avec les autres. Or les autres, c’est seulement nous…

Qui n’a jamais rêvé de changer de travail? Et pour quelque raison que ce soit. Envie d’un nouveau défi, besoin de respirer un air plus rassérénant, bref tourner la page et recommencer à zéro. C’est aussi l’histoire de ce professeur de français au secondaire qui nous expliquait dernièrement son ras-le-bol des élèves, de leurs caprices et autres sautes d’humeur, de l’incompréhension de la direction face à la situation psychologique délicate du corps enseignant.

Au final, un flot de lamentations sur les vils aspects de la nature humaine et le fait qu’il en avait marre de ces gens ingrats qui lui pourrissaient la vie avec leurs revendications, leurs oublis, leur impatience et tout et tout. Dans la foulée, le maître d’école dépité et las nous annonce toutes trompettes dehors la nouvelle du jour: il va se lancer dans la restauration et reprendre un petit café de village. Et nous, de lui souhaiter un excellent voyage dans sa future carrière de bistrotier. Comme si celle-ci lui permettra d’échapper aux humains et à leurs faiblesses chroniques et autres caractéristiques plus ou moins réjouissantes.

La leçon à tirer de tout ça? C’est que dans n’importe quel métier, on est toujours en train de servir nos congénères. Du médecin au service de ses patients, du sommelier au service de ses clients, du coach au service de ses joueurs, du maire au service de ses concitoyens, de la mère de famille au service de ses enfants, du journaliste au service de ses lecteurs jusqu’au maître au service de ses élèves, en passant par Bill Gates au service des millions ou milliards d’utilisateurs Microsoft, qui peut prétendre échapper au fait d’être toujours au service de quelqu’un d’autre?

Une fois cette donnée bien enregistrée dans nos petites têtes de rêveurs, on se dira que changer de boulot ne résoud souvent rien. Ou du moins pas grand-chose. Car la clé, c’est de vivre au milieu de gens qui, comme nous, ont leurs humeurs, leurs hauts et leurs bas, et qui ont tour à tour le bonheur de nous ravir tout comme le malheur de nous insupporter.

Demeurent cependant, pour échapper au monde, quelques choix ultimes. Comme le couvent, par exemple, mais il paraît que là aussi les couloirs austères renferment quelques germes résiduels d’ambition, de pouvoir et de tourments bassement humains que la seule dévotion christique ne suffit pas à éradiquer.

Ermite enfin. Mais même là, Nicolas de Flue se disait astreint au service de… Dieu.

Chronique parue dans www.laliberte.ch du 21.05.2014

 

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